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EXTRAIT
DU PROJET
D E
PAIX PERPETUELLE
DE MONSIEUR VABBE
DE SAINT-PIERRE.
Cr.'i.ct^KÇ^-^
Par y. y. ROUSSEAU,
Citoyen de Genève.
Tune genus humamm pofitîs fihi confulat amis,
Inqîte i>ks;n gens omms amet,
Lucain.
^ AMSTERDAM,
Cher MARC MICHEL RE T.
M D C C L X I.
( 5 )
Lettre âe M. J. J. Rousseau à M.
DE Bastide, Auteur du Monde.
J'aurois voulu , Monfieur, pouvoir ré-
pondre à rhonnêceté de vos follicita-
tions , en concourant plus utilement à
votre entreprife ; mais vous f^avez ma ré-
folution, & faute de mieux je fuis réduit
pour vous complaire à tirer de mes an-
ciens barbouillages le morceau ci- joint ,
comme le moins indigne des regards du
Public. 11 y a fix ans que M. le Comte
de Saint-Pierre m'ayant confié les manuf-
crics de feu M. l'Abbé fon oncle, j'avois
commencé d'abréger fes écrits afin de les
rendre plus commodes à lire, & que ce
qu'ils ont d'utile fût plus connu. Mon
deflein étoit de publier cet abrégé en deux
volumes, l'un defquels eût contenu les ex-
traits des Ouvrages, & l'autre un juge*
ment raifonné fur chaque projet: mais
après quelque effai de ce travail, je vis
qu'il ne m'étoit pas propre & que je n'y
réuffirois point. J'abandonnai donc ce
deflein, après l'avoir feulement exécuté
A 3 f^^y
fur la Paix perpétuelle & fur la Folyfmoàît.
Je vous envoyé, Monfieur, le premier de
ces extraits, comme un fujet inaugural
pour vous qui aimez la paix , & dont ks:
écrits la refpirent. Puilfions-nous la voir
bientôt rétablie entre les PuiiTances ; car
entre les Auteurs on ne l'a jamais vue, &
ce n'efl: pas aujourd'hui qu'on doit l'efpé-
ïer. Je vous falue, Monfieur^ de tout
mon cœur,
ROUSSEAÎT,
'A Montmorency, U 5 Décembre 1760.
AVANT.
(7)
A V A NT-PRO POS
DE M. DE BASTIDE.
/L m'a paru nécejjalre de faire réimprimer
la Lettre qui précède^ pour ceux qui neîi-
foient pas le Monde \ fans cela ils yl auroient pas:
fçii pourquoi je me trouve aujourd'hui î* Editeur
de cet excellent Ecrit fur une Paix perpétuelle*
Il cft nécejfaire également pour ces' premier s^^
iS pour mes Leâeurs en particulier^ de dite
pourquoi cet Ecrite defliné à entrer dans mon
Ouvrage périodique j devient un être à parî^
Êf trompe Tefpérance de ceux qui s'attendoient
à le lire dans ce même ouvrage.
Mon innocence à cet égard ne fera jamais
fufpeàe quà ceux qui doutent comme on doit
douter d'eux. Une volonté fupérieure ni a forcé
de ?nanquer à mon engagement ; les raifons ne-
doivent point s'en expliquer ici ^ mais on peut
les ff avoir ^ &f elles ne font pas contre moi.
Contraint défaire imprifner cet Ecrit fépa-
rcfnent, fy ai du moins donné tous mes foins,
j'ai fongé à renriêhirdu burin de M, CocfiiN,
qui a montré autant d'ardeur pour la gloire d&
AL Roifffiau que de dèfmtérejfemcnt &f ds
A 4 ^^^^^^'
(8)
tenté peur moi; Ê? TEJlampe qiion mt à U
tête ejl une preuve du zele que nia infpiré Je
regret de trahir ïndîfpenfabkment la foi d'un
engagement public.
Cette eftampe repréfente le monument que la
Ville de Rheims élevé au Roi y S dont le mo-
iiele vient d'être exécuté avec tant d'applau-
dijfement par M. Figalle. Cet Jrtijle afage-
mnt penfé que Vufage ordinaire de mettre des
Efclaves au pied de ces ftatites ^ a le défaut
àe ne point caraêlérfer un règne plus quun au-
tre, &f femblc devoir faire croire que nous
fommes encore ajjez plongés dans la barbarie
pour placer la gloire d'un Roi dans T ambition
des conquêtes, plus que dans cette fgejfe de
gouvernement qui fait la félicité des peuples»
Cefl à quoi M, Pigalle a obvié , en mettant
à'tin coté une femme appuyé fur un gouver-
nail y qui de la main droite conduit un lion
fans effort^ en le tenant feulement par' quelques
poils de fa crinière. Il repréfente par -là allé-
goriquemcnt la douceur du gouvernement , la do-
cilité des peuples , âf leur attachement pour le
Souverain» De l'autre côté, on voit un Cito-
yen paifible £f fatisfait , goûtant les douceurs
ëe la tranquillité d'cfprit^ âf de la fureté dam
la
(9)
la pojjejjlon àe fes rîchejfes; c'eji pOî{rqîm ïî
efi ajjîsfur des caîjjes &f des ballots de mar^
chandïfes , Êf on voit un vafe d'or 6^ quelques
hourfes ouvertes à fes pieds. J'ai cru que le
tableau d'un règne paifible, keureux^ ^ par
conféquent immortel, r en droit plus fenfibk ^
plus prédeux lefylîême d'une Paix perpétuelle.
Indépendamment des idées relatives qui m'^ont
conduit ^ j' ai voulu réunir trois hommes célèbres
que j'honore, & icic'e/l lefenîimcnt quiaparlé.
Par la fmpHcité du titre il paroîira d'abord
à bien des gens que M. RouJJeau n*a ici que le
mérite d'avoir fait un bon extrait. Ou on n^
s'y trompe point , VAnalifie ejl ici créateur à
bien des égards, J'ai fenti qu une partie du Pu-
blic pourvoit s'y tromper , j'ai defiré uns autre
intituktion. M. Roufjeau, plein d'un refpe^
fcrupuïeux pur la vérité & pour la mémoire'
d'un des plus vertueux Citoyens qui aient jamais
cxi/îé , m'a répondu:
\ „ A l'égard du titre, je ne ptûs con-
5, fentir qu'il foit changé contre un autre qui
„ m'approprieroit davantage un Projet qui ne
yy m'appartient point. Il efi vrai que j'ai vu
„ l'objet fous un autre plnt de viîe que l'Abbé
5, de Saint-Pierre, ^ que f ai quelquefois don-
A 5 >> ^^^
(ro)
5, né Vautres rai/otis que les fiennes. Rien
5, n'empêche que vous nepuljjîez ^fi vous voulez^
5, en dire un mot dans r AvertiJJement , pourcu
j, que le principal honneur demeure toujours à
„ cet homme refpeBabIc " (a)-
jfe dois me juftifier d' avoir fupprimé le fnot
Monfieur au titre de FOuvrage, Cejl la cou-
tume de M^ RouJJcau: il fuit en cela Je s prin-
cipes; cependant ces cérémonies for^t partis de
notre polit ejje y S Ton doit toujours fuivre les
lifagcs de f on pays , quand ils tiennent aux égards.
J'étois donc difpofé à bannir toute dijlinction ;
mais dans la tnême lettre que j'ai reçue de lui,
il Vie prévient ^me notifie fes intentions, ., Si
^ vous menez mon nom , 7ne marque -t -il y
j, n allez pas ^ je vous fiipplie ^ mettre poli-
,^ mentr^M^ Rouffea-J , ?«^/j J. J. RoufTeau,
„ Citoyen de Genève, niplus,^ ni nmns '\.
J'ai dû lui complaire , 6? tout efl dit à cet égard
en déclarant que je n'ai fait que ce quil a voulu,.
(a> Ma-gré ce noble refus de M. RouiTeau, j'avois cm
-ne. devoir pas lupprimer les louanges qu'il mérite; il les
a troavécô trop fortes : & enJes retranchant dans l'épreu-
ve , voIà ce qu'il m'a écrit. ,» AI. de Haftide me donne
5, ici tout le inéi'ic de l'ouvrage, ôc pour fm croît, cc-
^ lui de l'avoir ~efufé ; cela n'eft pas juftCi Je ne fuis
,, point mode/^t;. & il y a des louanges auxquelles j»
„ fuis fort fenuble; au contraire je fuis afTcz âei poitf
^y r»e Yowto pQinc d'vui^ gloiic afmpçe , " ôtc.
P ^^ #^^'#. ^^. ^lï
PROJET
D E.
PAIX PERPÉTUELLE.
«^^OMME jamais Projet plus grand, pliis^
'O'^^ beau ni plus utile n'occupa Pelprit
'O'^ humain 5 que celui d'une Paix perpi-
tuelle & univerfelle entre tous les Peuples-
de l'Europe 5 jamais Auteur ne mérita mieux
l'attention du Public que celui qui propofe
des mcyens pour mettre ce Projet en exé-
cution. Il ell même bien difficile qu'une
pareille matière laiiTe un homme fenfible &
vertueux exempt d'un peu d'enthouOafme v
& je ne fçais il l'illulion d'un cœur, vérita-
blement humain , à qui fon zèle rend tout
facile, n'ell pas en: cela préférable à cett<i
âpre ëc repouilante raifon , qui trouve tou*-
jours dans fon indifférence pour le bien pu-
blic le premier obftacle à tout ce qpi peut
le favorifer.
Je ne doute pas que beaucoup de Lô<il:eurr
12 Projet de paix
ne s'arment d'avance d'incrédulité pour ré-
filler au plaiiir de la perfuafion, & je les
plains de prendre fi trilîement l'entêtement
pour la fageffe. Mais j'efpere que quelque
ame honnête partagera l'émotion délicieufe
avec laquelle je prends la plume fur un fu-
jet û intéreffant pour l'humanité. Je vais
voir, du moins en idée , les hommes s'unir
& s'^aimer; je vais penfer à iine douce &
paifible fociété de frères, vivans dans une
concorde éternelle, tous conduits par les
mêmes maximes, tous heureux du bonheur
commun; &, réalifant en moi même uû
tableau û touchant , l'image d'une félicité
qui n'efl paint m'en fera goûter quelques
inlkns une véritable.
Je n'ai pu refuîer ces premières lignes au
fentiraent dont j'étois plein. Tâchons main-
tenant de rnifonner de fens-froid. Bien ré-
folu de ne rien avancer que je ne le prou*-
ve , je crois pouvoir prier le Ledeur à fon
tour de ne rien nier qu'il ne le réfute ; car ce
ne font pas tant les raifonneurs que je crains-,
que ceux qui, fansfe rendre aux preuves,
n'y veulent rien objedler.
Il ne faut pas avoir long-tems médité fur
les moyens de perfeélionner un Gouverne-
Kient quelconque , pour appercevoir des
embarras & des obltacles qui naillent moins
de fa cqjiftitution que de fes. relations exter-
nes ^
PERPETUELLE. ij
nés ; de forte q.ue la plupart des foins qu'H
faudroit confacrer à fa police , on eft coi>.
traint de les donner à fa fureté , & de fon-
ger plus à le mettre en état de réfifter aux
autres qu'à le rendre parfait en lui-même.
Si l'ordre focial étoit, comme on le pré-
tend , l'ouvrage de la raifon plutôt que de5
paflions, eût-on tardé fi longtemps à voir
qu'on en a fait trop ou trop peu pour notre
bonheur; que chacun de nous étant dans
Tétat civil avecfes concitoyens & dans l'état
de nature avec tout le relie du monde , nous
n'avons prévenu les guerres particulières
que pour en allumer de générales, qui font
mille fois plus terribles : & qu'en nous u-
niifant à quelques hommes , nous deve-
nons réellement les ennemis du genre hu-
main?
S'il y a quelque moyen de lever ces dan-
gereufes contradiétions^ce ne peut être que
par une forme de gouvernement confédéra-
tive,qui , uniffant les Peuples par des liens
fembîables à ceux qui unifient les individus,
foumette égalemi^nt les uns & les autres à
l'autorité des Loix. Ce gouvernement pa-
roît d'ailleurs préférable à tout autre , en
ce qu'il comprend à -la 'fois les avantages
des grands & des petits Etats ^ qu'il efl: re-
doutable au dehors par fa puilTance, que les
l^oÏK y font en vigueur, ^ qu'il eille feul ,
A 7 pra:
14 PROJET DE F A r X
propre à contenir également les Sujets, le^
Chefs & les Etrangers,
Quoique cette forme paroilTe nouvelle k
certains égards, & qu'elle n'ait en effet été
bien entendue que par les- Modernes , les
Anciens ne l'ont pas ignorée. Les Grecs
eurent leurs Amphiélions , les Etrufques
leurs Lucumonies, les Latins leurs Fériés^
les Gaules leurs Cités, & les derniers fou-
pirs de la Grèce devinrent encore illuflres
dans la Ligue Achéenne. Mais nulles de ces
confédérations n'approchèrent pour la fa-
gelle de celle du Corps Germanique, de la
Ligue Helvétique & des Etats Généraux.
Que fi ces Corps politiques font encore en
fi petit nombre <S: fi loin de la perfection
dont on fent qu'ils feroient fufceptibles ,
c'ell que le mieux ne s'exécute pas comme
il s'imagine, & qu'en Politique ainfi qu'eu
Morale, l'étendue de nos connoiiTances ne
prouve gueres que la grandeur de nos maux.
Outre ces confédérations publiques, il
s'en peut former tacitement d'autres moins
apparentes & non moins réelles, par l'union
des intérêts, par le rapport des maximes,
par la conformité des coutumes, ou par
d'autres circonllances qui kiflent fubfiiler
des relations communes entre des Peuples
dîvifés. C'ell ainfi que toutes les PuilTances
de l'Eiirope foraient entre elles une forte
P E R P E T U E L L E. 15
dé fyftême qui les unit par une même religion,,
par un même droit des gens, par lesmœurs,
par les lettres , par le commerce , & par une
forte d'équilibre qui elt l'effet néceiTaire de
tout cela, & qui, fans que perfonne fonge en
effet à le conferver , ne feroit pourtant pas^
fi facile à rompre que le penfent beaucoup
de gens.
Cette fociété des Peuples de l'Europe n'as
pas toujours exiflè, & les caufes particuliè-
res qui l'ont fait naître fervent encore à la
maintenir. En effet, avant les conquêtes*
des Romains, tous les Peuples de cette par-
tie du monde, barbares & inconnus les uns
aux autres , n'avoient rien de commun que
leur qualité d'hommes, qualité qui, raval-
lée alors par l'efclavage , ne différoit guère'
dans leur efprit de celle de brute. AuiTi les
Grecs, raifonneurs & vains, diitinguoient-
ils, pour ainfi dire, deux efpeces dans l'hu-
manité^ dont l'une, fçavoir h leur, étoit
faite pour commander ,•& l'autre, qui corn-
prenoit tout le relie du monde, uniquement
pour fervir. De ce principe, il réfultoit
qu'un Gaulois ou un Ibère n'étoit rien de
plus pour un Grec que n'eût été un Caffre
ou un Américain, & les Barbares eux-mê-
mes n'avoient pas. plus d'affinité entre eux
que n'en ayoieut les Grecs avec les uns &
1§5 autres.^
Mais-
16 PROJET DE ? A î X
Mais quand ce Peuple, fouverain par nà»
ture^eût été fournis aux Romains fes efck.
ves, & qu'une partie de rhémifphere con-
nu eût fubi le même joug, il fe forma une
union politique & civile entre tous les mem-
bres d'un même Empire; cette union fut
beaucoup reflerrée par la maxime, ou très-
fage ou très inienfée , de communiquer aux
vaincus tous les droits des vainqueurs , 6c
fur>tout par le fameux Décret de Claude ,
qui incorporoit tous les Sujets de Rome au
nombre de fes Citoyens.
A la chaîne politique qui réunifToit ainfi
tous les membres en un corps ^ fe joignirent
les inftitutions civiles & les loix qui donnè-
rent une nouvelle force à ces liens, en dé-
terminant d'une manière équitable, claire
& précife, du moins autant qu'on le pou-
voit dans un fi vaite Empire , les devoirs
& ies droits réciproques du Prince & des
Sujets, & ceux des Citoyens entre eux.
Le Code de Tiiéodofe, 6c enfuite les Li-
vres de Juftinien furent une nouvelle chaî-
ne de juflice 6c de raifon fubftituée à propos
à celle du pouvoir fouverain, qui fe relâ-
choit très-fenfiblement. Ce fupplément re-
tarda beaucoup la dilTolution de l'Empire,
6c lui conferva long-tems une forte de ju-
rifdiclion fur les Barbares mêmes qui le dé-:"
(bloient.
PERPETUELLE. 17
Un troiTieme lien, plus fort que les pré-
cédons, fut celui de la Religion, & l'an ne
peut nier que ce ire foit fur- tout au Chrif-
tianifme que l'Europe doit encore aujour-
d'hui l'efpece de fociété qui s'efl perpé-
tuée entre fes membres; tellement que ce-
lui de ces membres qui n'a point adopté
fur ce point le fentiment des autres, efl tou-
jours demeuré comme étranger parmi eux.
Le Chrifliailifme , fi méprifé à fa naiflance,
fervit enfin d'afyle à fes détraéleurs. Après
l'avoir û cruellement & fi vainement perfé-
curé , l'Empire Romain y trouva les ref-
fources qu'il n'avoit plus dans fes forces-;
fes miflions lui valoient mieux que des vic-
toires; il envoyoit des Evêques réparer les
fautes de fes Généraux , & triomphoit psr
fes Prêtres quand fes Soldats étoient battus.
CqH ainfi que les Francs, les Goths , les
Bourguignons, les Lombards, les Avares
& mille autres reconnurent enfin l'autorité
de l'Empire après l'avoir fubjugué, & re-
çurent , du moins en apparence, avec la Loi
de l'Evangile celle du Prince qui la leur fai-
foit annoncer.
Tel étoit le refpeél: qu'on' portoit encore
à ce grand Corps expirant , que jufqu'au
dernier inftant fes deflruéteurs s'honoroient
d^ fes titres; on voyoit devenir Officiers de
rEmpire, les mêmes Conquérans qui. l'a-
voient
Ig PROJET DE PAIX
voient avili; les plus grands Rois accepter^'
briguer même les honneurs Patriciaux, la
Préfedure , le Confultat ; & , comme un
lion qui flatte l'homme qu'il pourroit dévo-
rer , on voyoit ces Vainqueurs terribles
rendre hommage au Trône Impérial, qu'ils
étoient maîtres de renverfer.
Voilà comment le Sacerdoce & l'Empire
ent formé le lien focial de divers Peuples y
qui, fans avoir aucune communauté réelle
d'intérêts de droits ou de dépendance , en
âvoient une de maximes & d'opinions , dont
l'influence eft encore demeurée, quand le
principe a été détruit. Le flmulacre anti-
que de l'Empire Romain a continué de for-
mer une forte de liaifon entre les Membres
qui Tavoient compofé; & Rome ayant do-
miné d'une autre manière après la deflruc-
tion de l'Empire, il ell reflé de ce double
lien Qay une fociété plus étroite entre les
Nations de l'Europe , où étoit le centre des
deux Puiffances , que dans les autres Par-
ties du monde, dont les divers' Peuples ,
trop épars pour fe correfpondre,, n'ont de
plus aucun point de réunion».
Joignez
{a) Le lefpea piour l'Empire Romarin .1 tellement
furvécu à fi paii^nce , que bien des jurifconfultes ont
mis en queftion fi l'Lrapereur d'Allemagne n'ctoit pas
te Souverain naturel du monde } & Bartole a pouffe les
chofes jufquà traiter dhéréticiue quiconque doit ea
doutei:.
PERPETUELLE. 15^
^^ Joignez à cela h fituation particulière de
rEurope,plus également peuplée, plus égale-
ment fertile^mieux réunie en toutes Tes parties^
le mélange continuel des intérêts que les liens
du iang & les affaires du commerce des arts des
colonies ont mis entre les Souverains ; la
multitude des rivières & la variété de leur
cours, qui rend toutes les communications
faciles; l'humeur inconllante des Habitans»
qui les porte à voyager fans celle & à fe
tranfporter fréquemment les uns chez les
autres; l'invention de Tlmprimerie & le
goût général des Lettres, qui a mis entre
^eux une communauté d'études & de con-
noiliances^ enfin la multitude 6c la petitefTe
des Etats ^ qui^ jointe aux befoins du luxe
& à la diverfité des climats, rend les uns-
toujours nécellaires aux autres. Toutes ces
caufes réunies forment de l'Europe, non»
feulement comme l'Afie ou l'Afrique, une-
idéale colleélion de Peuples qui n'ont de
commun qu'un nom, mais une fociété réeU'
le qui a fa Religion, fes mœurs, fes cou-
tumes & même fes loix, dont aucun des
Peuples qui la compofent ne peut s'écarter
làns caufer aufll tôt des troubles.
A voir, d'un autre côté , les diflentions-
perpétuelles, les brigandages, les ufurpa-
tions, les révoltes, les guerres, les meur-
tres, c^ui défolent journeilement ce refpeéta-
20 PROJET DE PAIX
ble féjour des Sages, ce brillant afyle des
Sciences & des Arts j à confidérer nos
beaux difcours & nos procédés horribles ,
tant d'humanité dans les maximes & de
cruauté dans les aélions, une Religion fi
douce & une û ianguinaire intolérance ^
une Politique fi fage dans les Livres & 11
dure dans la pratique , des Chefs fi bienfai-
fans & des Peuples fi miférables, des Gou-
vernemens fi modérés &des guerres fi cruel-
les: on fait à peine comment concilier ces
étranges contrariétés; & cette fraternité
prétendue des Peuples de l'Europe ne fem-
ble être qu'un nom de dérifion, pour ex-
primer avec ironie leur mutuelle animofité.
Cependant les chofes ne font que fuivre
en cela leur cours naturel^ toute fociété
fans loix ou fans Chefs , toute union for-
mée ou maintenue par le hazard, doit né-
cellairement dégénérer en querelle & dif-
fention à la première circonlhnce qui vient
échanger, l'antique union des Peuples de
l'Europe a compliqué leurs intérêts & leurs
droits de mille manières; ils fe touchent
par tant de points, que le moindre mouve-
ment des uns ne peut manquer de choquer
les autres; leurs divifions font d'autant plus
funeftes , que leurs liaifons font plus inti-
mes ; & leurs fréquentes querelles ont pref-
que la cruauté des guerres civiles.
Coiî-
PERPETUELLE. 21
Convenons donc que l'état relatif des
Puiirânces de TEurope ell promptement un
état de guerre, & que tous les Traités par-
tiels entre quelques-unes de ces Puiffances
font plutôt des Trêves pafl^ageres que de
véritables Paix j foit parce que ces Traités
n'ont point communément d'autres garans
que les Parties contrariantes , foit parce que
les droits des unes & des autres n'y font
jamais décidés radicalement , & que ces
droits mal éteints, ou les prétentions qui
en tiennent lieu entre des Puiflances qui ne
reconnoiffent aucun Supérieur, feront in-
failliblement des fourees de nouvelles guer-
res, fi-tôt que d'autres circonflances auront
donné de nouvelles forces aux Prétendans.
D'ailleurs, le Droit public de l'Europe
n'étant point établi ou autorifé de concert,
n'ayant aucuns principes généraux , & va*;
riant incelTamment félon les tems 6cles lieux;
il eft plein de règles contradicT:oires qui ne
fe peuvent concilier que par le droit du plus
fort,- de forte que la raifon fans guide affu-
ré , fe pliant toujours vers l'intérêt perfon-
nel dans les chofes douteufes, la guerre
feroit encore inévitable, quand même cha-
cun voudroit être jufte. Tout ce qu'on
peut faire avec de bonnes intentions, e'eil
de décider ces fortes d'affaires par la voie
des armes , ou de les afîbupir par des Trai-
tés
fit PROJET DE PAIX
tés pafTagers; raais bientôt aux occafions
-qiii raniment les mêmes querelles, il s'en
joint d'autres qui les modifient^ tout s'em-
brouille , tout fe complique ; on ne voit
plus rien au fond des chofes ; rufurpation
paffe pour di'oit^ la foiblelle pour injullice^
& parmi ce défordre continuel, chacun fe
trouve inrenfiblement û. fort déplacé , que
û l'on pouvoit remonter au droit foiide Ôc
primitif, il y auroit peu de Souverains en
Europe qui ne dulTent rendre tout ce qu'ils
ont.
Une autre femence de guerre, plus ca-
chée & non moins réelle, c'eft que les cho-
fes ne changent point de forme en chan-
geant de nature; que des Etats héréditaires
en effet, relient éleélifs en apparence; qu'il
y ait des Parlemens ou Etats nationaux dans
des Monarchies , des Chefs héréditaires
d:ms des Républiques ; qu'une PuilTance
dépendante d'une autre, conlerve encore
une apparence de liberté; que tous les Peu-
ples, fournis au même pouvoir, ne foient
pas gouvernés par les mêmes loix ; que l'or-
dre de fucceffion foit différent dans les di-
vers Etats d'un même Souverain , enfin que
chaque Gouvernement tende toujours à
s'altérer, fans qu'il foit poiTible d'empêcher
ce progrès. Voilà les caufes générales &
particulières qui nous unilient pour nous
détrui-
PERPETUELLE. 23
^détruire, & nous font écrire une fi belle
doctrine fociale avec des mains toujours
teintes de fang humain.
Les caufes du mal étant une fois connues,
le remède, s'il exifte , efl fuffifamment in-
diqué par elles. Chacun voit que toute
fociété fe forme par les intérêts communs^
que toute divilion naît des intérêts oppofés;
que mille événemens fortuits pouvant chan-
ger & modifier les uns & les autres, dès
qu'il y a fociété, il faut nécefi'airement une
force coaétive, qui ordonne & concerte les
mouvemens defes Membres, afin de donner
aux communs intérêts & aux engagemeus
réciproques, la folidité qu'ils ne fauroient
avoir par eux-mêmes.
Ce feroit d'ailleurs une grande erreur;
d'efpérer que cet état violent pût jamais
changer par la feule force des chofes, &
fans le fecours de l'art. Le fyftêoie de l'Eu-
rope a précifément le degré de folidité qui
peut la maintenir dans une agitation perpé-
tuelle, fans la renverfer tout à-flût; & fi
nos maux ne peuvent augmenter , ils peu-
vent encore moins finir, parce que toute
grande révolution eil déformais impofîible.
Pour donner à ceci l'évidence nécefl'aire ,
commençons par jetter un coup-d'œil gé-
néral fur l'état préfent de l'Europe. La
fituation des montagnes , des mefs & des
fieu-'
14 PROJET DE PAIX
fi^uves qui fervent de bornes aux Nations
qui l'habitent, femble avoir décidé du nom-
bre & de la grandeur de ces Nations; (5c
l'on peut dire que l'ordre politique de cet-
te Partie du monde eft, à certains égards,
l'ouvrage de la Nature.
En effet, ne penfons pas que cet équili-
bre fi vanté ait été établi par perfonne, &
que perfonne ait rien fait à deflein de le con-
ferver: on trouve qu'il exiile; & ceux qui
ne fentent pas en eux mêmes affez de poids
pour le rompre , couvrent leurs vues parti-
culières du prétexte de le foutenir. Mais
qu'on y fonge ou non, cet équilibre fubfi.
H-e, & n'a befoin que de lui-même pour fe
conferver, fans que perfonne s'en mêlé; &
quand il fe romproit un moment d'un côté,
il fe rétabliroit bientôt d'un autre: de forte
que fi les Princes qu'on accufoit d'afpirer à
la INlonarchïé univerfelle, y ont réellement
afpiré, ilsmontroient en cela plus d'ambi-
tion que de génie ; car comment envifager
un moment ce projet, fans en voir auffi-
tôt le ridicule? Comment ne pas fentir qu'il
n^'y a point de Potentat en Europe alTez fu«
périeur aux autres , pour pouvoir jamais en
devenir le maître? Tous les Conquérans
qiii ont fait des révolutions , fe prélentoient
toujours avec des forces inattendues , ou
avec des troupes étrangères 6c différemment
aguer-
PERPETUELLE. 55
aguerries, à des Peuples ou d^farraés, ou
divifés, ou fans difcipline , mais où pren-
droit un Prince Européen des forces inat-
tendues, pour accabler tous les autres,
tandis que le plus pullfant d'entr'eux eft
une fi petite partie du tout, & qu'ils ont
de concert une fi grande vigilance? Aura-t-il
plus de troupes qu'eux tous? 11 ne le peut,
ou n'en fera que plutôt ruiné , ou fes trou-
pes feront plus mauvaifes , en raifon de leur
plus grand nombre. En aura-t-il de mieux
aguerries! Il en aura moins à proportion.
D'ailleurs la difcipline eft partout à-peu près
la même, ou le deviendra dans peu. Au-
rait-il plus d'argent? Les fources en font
communes , & jamais l'argent ne fit de
grandes conquêtes. Fera-t-il une invafiou
fubite? La famine ou des places fortes l'ar-
rêteront à chaque pas. Voudra-t-il s'agran-
dir pied -à- pied? il donne aux ennemis le
moyen de s'unir pour réiîfter : le tems,
l'argent & les hommes ne tarderont pas à
lui manquer. Divifera-t-il les autres Puif-
•fances pour les vaincre l'une par l'autre?
Les maximes de l'Europe rendent cette Po-
litique vaine ^ & le Prince le plus borné ne
donneroit pas dans ce piège. Enfin, aucun
d'eux ne pouvant avoir de reflburces exclu*
fives, la réfiftance eft, à la longue, égale
à l'effort^ & le tems rétablit bientôt les
B bruf-
2(5 Projet de Paix
bmfques accidens de h fortune , finon pour
chaque Prince en particulier, au moins pour
la conilitution générale.
Veut- on maintenant fuppofer à plaifir
raccord de deux ou trois Potentats pour
fubjuguer tout le relie? Ces trois Poten-
tats, quels qu'ils Ibient, ne feront pas en-
femble la moitié de TEurope. Alors l'autre
moitié s'unira certainement contre eux ; ils
auront donc à vaincre plus fort qu'eux-mê-
mes. J'ajoute que les vues des uns font
trop oppofées à celles des autres, 6: qu'il
règne une trop grande jaloufie entre eux ,
pour qu'ils puiiient même former un fem-
blable projet: j'ajoute encore que, quand
ils l'auroient formé, qu'ils le mettroient en
exécution , & qu'il auroit quelques fuccès,
ces fuccès mêmes feroient, pour les Con-
quérans alliés , des femences de difcorde ^
parce qu'il ne feroit pas poflible que les
avantages fuffent tellement partagés, que
chacun fe trouvât également fatisfait des
fiens; & que le moins heureux s'oppoferoit
bientôt aux progrès des autres qui , par une
femblable raifon, ne tarderoient pas à fe di-
vifer eux-mêmes. Je doute que depuis que
le monde exifte, on ait jamais vu trois ni
même deux grandes PuifTances , bien unies,
en fubjuguer d'autres , fans fe brouiller fur
les contingens ou fur les partages , 6c fans
don-
PERPETUELLE. 27
donner bientôt, par leur méfintelligence ;
de nouvelles reffources aux foibles. Ainfi ,
quelque fuppofition qu'on falle , il n'eft pas
vraifemblable que ni Prince , ni Ligue , puiC-
fe déformais changer confidérablement & à
demeure, l'état des chofes parmi nous.
Ce n'eft pas à dire que les Alpes, le
Rhin, la Mer, les Pyrénées foient des ob-;
flacles infurmontables à l'ambition; mais
ces obflacles font foutenus par d'autres qui
les fortifient , ou ramènent les Etats aux
mêmes limites, quand des efforts paflagers
les en ont écartés. Ce qui fait le vrai fou-
tien du fyftême de l'Europe, c'ell bien en
partie le jeu des négociations , qui prefque
toujours fe balancent mutuellement ^ mais
ce fyftême a un autre appui plus folide en-
core j & cet appui c'eft le Corps Germani-
que , placé prefque au centre de l'Europe ,
lequel en tient toutes les autres parties en
refpeél, & fert peut-être encore plus au
maintien de fes Voifins , qu'à celui de fes
propres Membres : Corps redoutable aux
Etrangers , par fon étendue , par le nom-
bre & la valeur de fes Peuples ; mais utile
à tous par fa conftitution , qui , lui ôtant
les moyens & la volonté de rien conqué-
rir , en fait l'écueil des Conquérans. Mal-;
gré les défauts de cette conflitution del'Em.
pire , il ell certain que tant qu'elle fubfifte'
B * m.
I
2S PROJET DE PAIX
ra, jamais l'équilibre de l'Europe ne fera
rompu, qu'aucun Potentat n'aura à crain-
dre d'être détrôné par un autre , & que le
Traité de Weilphalie fera peut-être à jamais
parmi nous la bafe du lyllême politique.
Ainfi le Droit public, que les Allemands
étudient avec tant de foin , efl encore plus
important qu'ils ne penfent , & n'eil pas
feulement le Droit public Germanique, mais,
à certains égards , celui de toute l'Europe:
Mais -û le préfent fyflême efl inébranla-
ble, c'efl: en cela même qu'il ell plus ora-
geux^ car il y a , entre les PuifTances Eu-
ropéennes, une aélion & une réaction qui,
fans les déplacer tout-à-fait , les tient dans
une agitation continuelle ; & leurs efforts
font toujours vains & toujours renaiflans ,
comme les flots de la mer, qui fans celle
agitent fa furfacc, fans jamais en changer
le niveau; de forte que les Peuples font in-
ceffamment défolés, fans aucun profit fen-
fible pour les Souverains.
11 me feroit aifé de déduire la même véri-
té des intérêts particuliers de toutes les
Cours de l'Europe; car je ferois voir ftifé-
raent que ces intérêts fe croifent de maniè-
re à tenir toutes leurs forces mutuellement
en refpe(5l ; mais les idées de commerce &
d'argent ayant produit une efpece de fana-
tifme politique , font fi promptement chan-
ger
PERPETUELLE. !?9
ger les intérêts apparens de tous les Prin-
ces, qu'on ne peut établir aucune maxime
ftable fur leurs vrais intérêts , parce que
tout dépend maintenant des fyflêraes éco-
nomiques, la plupart fort bizarres, qui paf-
fent par la tête des Minières. Quoi qu'il
en foit, le Commerce, qui tend journelk-
ment à fe mettre en équilibre, ôtant à cer-
taines PuilTances l'avantage exclufif qu'elles
en tiroient , leur ôte en même tems un des
grands moyens qu'elles avoient de faire la
loi aux autres («).
Si j'ai infifté fur l'égale diilribution de
force , qui réfuîte en Europe de la confti-
tution aétuelle, c'étoit pour en déduireune
conféquence importante à l'établifiement
d'une affociation générale ; car pour former
une confédération folide & durable, il
faut en mettre tous les Membres dans une
dépendance tellement mutuelle, qu'aucun
ne foit feul en état de réfifter à tous les au-
tres, ôc que les alTociations particulières qui
pour-
ra) Les chofcs ont changé depuis que f'écrivois ceci;
mais mon principe fera toujours vrai. Il eft, par exem-
ple, très-aifé de prévoir que dans vingt ans d'ici , T An-
gleterre, avec toute fa gloire, fera ruinée, & de p'us
aura perdu le rcfte de fa liberté- Tout le monde affure
que l'agriculture fleurit dans cette Ifle, 5c moi je parie
au'elle j dépérit. Londres s'agrandit tous les jours;
onc le Royaume fe dépeuple. Les Anglois veulent
être conquçraus; donc ils ne taiderom pas U'ëtie et-
cUvcs,
fis
30 PROJET DE PAIX
pourroient nuire à la grande, y rencontrent
des obftacles fuffifans pour empêcher leur
exécution: fans quoi, la confédération fe-
roit vaine; & chacun feroit réellement in-
dépendant , fous une apparente fujétion.
Or, i\ ces obflacles font tels que j'ai dit
ci-devant, maintenant que toutes les Puif.
fances font dans une entière liberté de for-
mer entre elles des Ligues & des Traités
offenfifs, qu'on juge de ce qu'ils feroient
quand il y auroit une grande Ligue armée,
toujours prête à prévenir ceux qui vou-
droient entreprendre de la détruire ou de
lui réfifter. Ceci fuffit pour montrer qu'une
telle alTociation ne confilleroit pas en déli-
bérations vaines, auxquelles chacun pût ré-
Mer impunément j mais qu'il en naîtroit
une puiffance effective, capable de forcer
les ambitieux à fe tenir dans les bornes du
'Xraité général.
Il réfulte de cet expofé, trois vérités in-
conteftables. L'une, qu'excepté le Turc^
il règne entre tous les Peuples de l'Europe,^
une liaifon fociale imparfaite , mais plus
étroite que les nœuds généraux & lâches
de l'humanité. La féconde, que l'imper-
feclion de cette fociété rend la condition
de ceux qui la compofent, pire que la pri-
vation de toute fociété entre eux. La troi-
fieme, que ces premiers liens, qui rendent
cette
PERPETUELLE. 31
cette fociété nuifible , la rendent en même
tems facile à perfeélionner ; enfoTte que
tous Tes Membres pourroient tirer leur bon-
heur de ce qui fait -aéluellement leur mife-
re, ^ changer en une paix éternelle, Tctat
de guerre qui règne entre eux.
Voyons maintenant de quelle manière ce
grand ouvrage, commencé par la fortune,
peut être achevé par la raifon ^ & comment
la fociété libre & volontaire , qui unit tous
les Etats Européens, prenant la force &
la folidité d'un vrai Corps politique, peut
fe changer en une confédération réelle. Il
eil indubitable qu'un pareil établilienient
donnant à cette alTociation la perfeélion qui
luimanquoit, en détruira l'abus, en éten-
dra les avantages , & forcera toutes les par-
ties à concourir au bien commun ; mais il
faut pour cela que cette confédération fort
tellement générale , que nulle PuiiTance con-
fidérable ne s'y refufe ; qu^elle ait un Tri-
bunal judiciaire , qui puiife établir les loix
& les réglemens qui doivent obliger tous les
Membres ^ qu'elle ait une force coadive ôc
coërcitive, pour contraindre chaque Etat
de fe foumettre aux délibérations commu-
nes, foit pour agir, foit pour s'abftenir;
enfin, qu'elle foit ferme & durable, pour
empêcher que les Membres ne s'en déta-
chent à leur volonté, fi-tôt qu'iU croiront
B 4 voir
32 PROJET DE PAIX
voir lenr intérêt particulier contraire à Vin-
térêt général. Voilà les fignes certains,
auxquels on reconnoîtra que l'inflitution
cfl fage utile & inébranlable : il s'agit main-
tenant d'étendre cette fuppofition , pour
chercher par analyfe, quels effets doivent
en réfulter, quels moyens font propres à
l'établir, & quel efpoir raifonnable on peut
avoir de la mettre en exécution.
Il Ce forme de tems en teras parmi nous
des efpeces de Diètes générales fous le nom
de congrès, où l'on fe rend folemnellement
de tous les Etats de l'Europe pour s'en
retourner de même ; où l'on s'aflemble pour
ne rien dire; où toutes les affaires publi-
ques fe traitent en particulier, où l'on dé-
libère en commun ii la table fera ronde ou
quarrée , Il la falle aura plus ou moins de
portes, fi un tel Plénipotentiaire aura le vi-
fage ou le dos tourné vers la fenêtre, fi tel
autre fera deux pouces de chemin de plus
ou de moins dans une vilite; & fur mille
queftions de pareille importance, inutile-
ment agitées depuis trois fiecles, & très-
dignes affûrément d'occuper les Politiques
du nôtre.
Il fe peut faire que les Membres d'une
de ces affemblées foient une fois doués du
fens commun; il n'ell pas même impoffible
qu'ils veuillent lincerement le bien public y
&
PERPETUELLE. 33
& par les raifons qui feront ci- après dédui-
tes, on peut concevoir encore qu'après avoir
applani bien des difficultés , ils auront or-
dre de leurs Souverains refpedlifs, de figiièr
la confédération générale que je ftippcfe
fommairement contenue dans les cinq Arti-
cles fuivans.
Par le premier, les Souverains contrnci
tans établiront entre eux une alliance per-
pétuelle & irrévocable , & nommeront des
Plénipotentiaires pour tenir dans un lieu
déterminé, une Diète ou un Congrès per-
manent, dans lequel tous les différends des
Parties contraélantes feront réglés & termi-
nés par voies d'arbitrage ou de jugement.
Par le fécond, on fpécifîera le nombi-e
des Souverains dont les Plénipotentiaires
auront voix à la Diète , ceux qui feront in-
vités d'accéder au Traité; l'ordre, le tems
& la manière, dont la préfidence paifcra
de l'un à l'autre par intervalles égaux; en-
fin la quotité relative des contributions , &
la manière de les lever, pour fournir aux
dépenfes communes.
Par letroifieme, la confédération garan-
tira à chacun de fes Membres la policiTion
& le gouvernement de tous les Etats qu'il
pofifede aétuellement , de même que la fuc-
ceffion éledive ou héréditaire , félon que le
tout ell établi par les loix fondamentales de
B 5 Gha-
34 PROJET DE PAIX
chaque pays; & pour fupprimer tout-d'att-
coup la fource des démêlés qui renaiflent
mceiïamment , on conviendra de prendre la
polTeffion a<ïluelle & les derniers Traités-
pour bafe de tous les droits mutuels des
'Fuilfances contraélantes ^ renonçant pour
p^mais & réciproquement à toute autre pré-
tention antérieure ; fauf les facceffions futu-
res contentieufes , & autres droits à écheoir,
qui feront tous réglés à l'arbitrage de la
Diète, fans qu'il foit permis de s'en faire
laifon par voies de fait , ni de prendre ja-
mais les armes l'un contre l'autre, fous
quelque prétexte que ce puifî^ être.
Par le quatrième , on fpécilîera les cas où
tout Allié, infraâeur du Traité, feroit mis
au ban de l'Europe , & profcrit comme en-
nemi public; favoir , s'il refufoit d'exécu-
ter les jugemens de la grande Alliance ,.
qu'il fit des préparatifs de guerre , qu'il né-
gociât des Traités contraires à- la confédé-
ration , qu'il prît les armes pour lui réfiller,.
eu. pour attaquer quelqu'un des Alliés.
Il fera encore convenu par le même Ar-
ticle, qu'on armera & agira offenfivement ,
conjointement 6c à frais communs , contra
tout Etat au ban de l'Europe, jufqu'à ce
qu'il ait mis bas les armes, exécuté les ju-
lemens & réglemens de la Diète, réparé
h$ torts y rem.bouifd les frais , (5c fait railbn
même
P E R P E T U E L L K, 35
même des préparatifs de guerre, contraires
au Traité.
Enfin , par le cinquième , les Plénipoten-
tiaires du Corps Européen auront toujours^
le pouvoir de former dans la Dicte ^ à h
pluralité des voix pour la proviiion , & aux
trois quarts des voix cinq ans après pour la
délînitive , fur les inflructions d^' leurs
Cours, les réglemens qu'ils jugeront im-
pôrtatts pour prociurer à la République Eu-
ropéenne & à chacun de les Membres, tous
les avantages poffibles^ mais on ne pourra
jamais rien ciianger à ces cinq Articles fon-
damentaux , que du confcntement unanime
des Confédérés.
Ces cinq Articles, ainfi abrégés ëc cou-
chés en règles générales, font, je n'ignore
pas, fujets à mille petites difficultés, donc
plufieurs demanderoient de longs éclaircis-
femens ^ mais les petites difficultés fe lèvent
aifément au befoin ^ & ce n'ell pas d'elks
qu'il s'agit dans une entreprife de Timpor»
tance de celle-ci. Quand il fera queilion du
détail de la police du Congrès, on trouve-
ra mille obftacles , ôc dix mille moyens de
les lever. Ici il eft queflion d'examiner,
par la nature des chofes, fi l'entreprife efl
poffible ou non. On fe perdroit dans des
volumes de riens, s'il falloir tout prévoir
6c répondre à tout. En fe tenant aux prin-
B 6 eii-
36 PROJET DE PAIX
clpes inconteftables, on ne doit pas vouloir
contenter tous les efprits , ni réfoudre tou-
tes les objections, ni dite comment tout fe
fera : il fuffit de montrer que tout fe peut
faire. . .
Que faut-il donc examiner pour bien ju-
ger de ce fyllême? Deux queftions feule-
ment; car c'eft une infulte que je ne veux
pas faire au ledeur, de lui prouver qu en
général l'état de Paix eft préférable à Tétat
de Guerre.
La première queftion eft, fi la confédé-
ration propofée iroit fûrement à fon but , ce
feroit (uffifante pour donner à l'Europe une
Paix folide 6: perpétuelle,
La féconde , s'il ell: de l'intérêt des Sou-
verains d'établir cette confédération , &
d'acheter une Paix conllante à ce prix.
Quand l'utilité générale & particulière
fera ainfi démontrée , on ne voit plus dans
la raifon des choies, quelle caufe pourro-it
empêcher Teffet d'un établiiTement qui ne
dépend que de la volonté des IntérelTés.
Pour difcuter d'abord le premier article;
uppliquons ici ce que j'ai dU ci-devant du
lyrtêrae général de l'Europe, ôc de l'effort
commun qui circonfcrit chaque PuilTance
à-peu près dans fes bornes, & ne lui per-
met pas d'en écrafer entièrement d'autres.
Pour rendre fur ce point mes raifonnemens
plus
PERPETUELLE. 37
plus fenfibles , je joins ici la lifle des dix-
neuf PuilTanccs qu'on fuppofe corapofer k
République Européenne , enforte que cha-
cune ayant voix égaie , il y auroit dk-ne;^
voix dans la Diète ,
Sç avoir :
L'Empereur des Romains,
L'Empereur de RuiTie.
Le Roi de France»
Le Roi d'EfpagnCr
Le Roi d'Angleterre.
Les Etats Généraux.
Le Roi de Danneraarck.
La Suéde.
La Pologne.
Le Roi de Portugal.
Le Souverain de Rome.
Le Roi de Pruffe.
L'Eleôleur de Bavière & fes Co-affociés^
L'EIecleur Palatin & fes Co-alTociés.
Les SuiflTes & leurs Coaffbciés.
Les Electeurs Eccléfiafbiques & leurs Af-
fociés.
La République de Venife & fes Co-affb:
dés.
Le Roi de Naples.
Le Roi de Sardaigne.
Plufieurs Souverains moins confidérables,
tels que la République de Gênes, les Ducs
B y de
3S PROJET DE Paix
êe Modene & de Parme, & d'autres étact
omis dans cette li(le , feront joints aux moini
puifTans, par form^ d'affociation , & auront
«vec eux un droit de fufFrage , femblable au
votum curiatum des Comtes de l'Empire. Il
eil: inutile de rendre ici cette énumeration
plus précife, parce que , juGju'à Texécution
du projet, il peut furvenir d'un moment à
l'autre des accidens furlefquels il lafaudroit
réformer, mais qui ne changeroient rien au
fond du fyflême.
Il ne faut que jetter les yeux fur cette
lifte, pour voir avec la dernière évidence y
qu'il n'ell pas polTible, ni qu'aucune des
PuilTances qui la compofent foit en état de
réfider à toutes les autres unies en corps y
ni qu'il s'y forme aucune Ligue partielle,
capable de faire tête à la grande confédé-
ration.
Car comment fe feroit cette Ligue ? Se-
roit-ce entre les plus PuiiTans? Nous avons
montré qu'elle ne fçauroit être durable, &
il ell bien aifé maintenant de voir encore
qu'elle efl: incompatible avec le fyftême par-
ticulier de chaque grande Puiflance , & avec
les intérêts inféparables de fa conflitution.
Seroit'Ce entre un grand Etat & plufieurs
petits? Mais les autres grands Etats, unis
à la confédération, auront bientôt écrafé la
Ligue i Et Ton doit fentir que la grande al-
lian*
P E R F E T U E L L E. j^-
Kance étant toujours unie & armée , il làii
fera facile, en vertu du quatrième article^,
de prévenir & d'étouffer d'abord toute al-
liance partielle & léditieufe, qui tendroit ^
troubler la Paix & l'ordre public. Qu'on^
voye ee qui fe pafîe dans le Corps- Germa-
nique, malgré les abus de fa Police, &
l'extiême inégalité de fes Membres : y en
a-t-il un feul^même parmi les plus Puifîans,
qui ofât s'expofer au ban de l'Empire , en
blelTant ouvertement faconilitution , à moins^
qu'il ne crût avoir de bonnes raifons de ne
point craindre que l'Empire voulût agir con-
tre lui tout de bon?
Ainli je tiens pour démontré que la Diète
Européenne une fois établie, n'aura jamais-
de rébellion à craindre , ôs que bien qu'il
s^y puiffe introduire quelques abus , ils ne
peuvent jamais aller jufqu'à éluder l'objet
de l'inllitution. Reile à voir li cet objet fe-
ra bien rempli par l'inilitution même.
Pour cela,conridérons les motifs qui met-
tent aux Princes les armes à la main. Ces
motifs font, ou de faire des conquêtes, ou
de fe défendre d'un Conquérant, ou d'af-
foiblir un trop puiflfant voilin, ou de fou te-
nir fes droits attaqués , ou de vuider un
différend qu'on n'a pu terminer à Tamiable,
ou^ enfin de remplir les engagemens d'un^
traité. Il n'y a^ ni caufe ni pi-étexte de guer-
re
40 PROJET DE PAIX
re qu'on ne puiffe ranger fous quelqu'un de
ces lix chefs ^ or, il effc évident qu'aucun
des fix ne peut exilter dans ce nouvel état
de chofes.
Premièrement, il faut renoncer aux con-
quêtes, par l'impoflibilité d'en faire, atten-
du qu'on ell fur d'être arrêté dans fon che-
min par de plus grandes forces que celles
qu'on peut avoir ^ de forte qu'en rifquant
de tout perdre, on ell dans l'impuiffance de
rien gagner. Un Prince ambitieux qui veut
s'agrandir en Europe , fait deux chofes. Il
commence par fe fortifier de bonnes allian-
ces , puis il tâche de prendre fon ennemi
au dépourvu. Mais les alliances particuliè-
res ne ferviroient de rien contre une allian-
ce plus forte , & toujours fubfiflante ^ & nul
Prince n'ayant plus aucun prétexte d'armer,
il ne fauroit le faire fùns être apperçu pré-
venu 6: puni par la confédération toujours
armée.
La même raifon qui ôte à chaque Prince
tout efpoir de conquêtes , lui ôte en même
tems toute crainte d'être attaqué , & non-
feulement fes Etats garantis par toute l'Eu-
rope, lui font auiïi afiurés qu'aux citoyens
leurs poflemons dans un Pays bien policé ,
mais plus que s''il étoit ievii* unique & pro-
pre défenfeur, dans ;e rn>me rapport que
l'Europe entière ell: plus forte que lui feul;
Oa
P E R ï> E T U E L L E. 41
On n'a plus de raifon de vouloir afFoiblir
lin yoifin , dont on n'a plus rien à craindre;
&ron n'en ell pas même tenté, quand *on
n'a nul efpoir de réuflir.
A l'égard du foutien de fes droits , il faut
d abord remarquer qu'une infinité de chica-
nes & de prétentions obfcures & embrouil-
lées, feront toutes anéanties par le troifie-
nie article de la confédération, qui règle
définitivement tous les droits réciproques
des Souverains alliés fur leur acl:uelle pof-
feflion. Ainfi toutes les deniandes & pré-
tentions pofîibles deviendront claires à Fa-
Vcnir, & feront jugées dans la Diète, à
mefure^qu'elles pourront naître: ajoutez
que fi Ton attaque mes droits je dois les
foutenir par la même voie. Or, on ne peut
les attaquer par les armes, fans encourir le
ban de la Diète. Ce n'eft donc pas non
plus par les armes que j'ai befoin de ]es dé-
fendre; on doit dire la même chofe des in-
jures, des torts , des réparations . &de tous
les différends imprévus qui peuvent s^élever
entre deux Souverains ; & le même pouvoir
qui doit défendre leurs droits, doit auffi
redreffer leurs griefs.
Quant au dernier article , la folution fau-
te aux yeux. On voit d'abord que n'ayant
plus d'aggreffeur h craindre, on n'a plus
befoin de traité défenfif, & que comme on
n'en
42 PROJET DE PAIX ^
n'en fçauroit faire de plus folide & de pltis
fur que celui de la grande confédération ,
tout autre feroit inutile , illégitime , & par
conféquent nuL
Il n'efl: donc pas poffible que la confédé-
ration une fois établie , puifle laiiler aucu-
ne femence de guerre entre les confédérés,
& que l'objet de la Paix perpétuelle ne foit
exaclement rempli par l'exécution du fyftè-
me propofé.
Il nous rede maintenant à examiner Tau-
tre queftion qui regarde l'avantage des par-
ties contractantes^ car on fent bien que
vainement feroit-on parler l'intérêt publie
au préjudice de l'intérêt particulier. Prou-
ver que la Paix ell en général préférable è
la guerre ) e'eft ne rien dire à celui qui croit
avoir des raifons de préférer la guerre à h
Paix ^ & lui montrer les moyens d'établir
une Paix durable, ce n'eft que l'exciter îi
s'y oppofer.
En effet, dira-t-on , vous ôtez aux Sou-
verains le droit de fe faire juftice à eux-mê-
mes, d'être injuftes quand il leur plaît ,
vous leur ôtez le pouvoir de s'agrandir ^
vous les faites renoncer à cet appareil de
puilTance & de terreur, dont ils aiment à
effrayer le monde, à cette glaire des con-
quêtes, dont ils tirent leur honneur; en-
^a vous ks forcez d'être équitables & paci-
fiques..
PERPETUELLE.
43
fîques. Quels feront les dédommage mens
de tant de privations?
Je n'oferois répondre avec l'Abbé de
Saint Pierre : Que la véritable gloire des
Princes confifte à procurer rutilité publi-
que, & le bonheur de leurs Sujets, que
tous leurs intérêts font fubordonnés h leur
réputation 5 & que la réputation qu'on ac
quiert auprès des fages , fe mefure fur le
bien que l'on fait aux hommes ^ que l'en-
treprife d'une Paix perpétuelle étant la plus
grande qui ait jamais été faite, elî: la plus
capable de couvrir fon Auteur d'une gloire
immortelle; que cette même enîreprife étant
auffi la plus utile aux Peuples, qû encore
la plus honorable aux Souverains ; la feule
furtout qui ne foit pas fouillée de fang, de
rapines, de pleurs, de m al édition s 5 &
qu'enfin le plus fur moyen de fe diflinguer
d'ans la foule des Rois , eft de travailler au
bonheur public. Ces difcours, dans les ca-
binets des Miniilres,ont couvert de ridicu-^
le l'Auteur & fes projets : mais ne mépri-
fons pas comme eux fes raifons ; & quoi
qu'il en foit des vertus des Princes, parlons
de leurs intérêts.
Toutes les Puiffances de l'Europe ont
^es droits ou des prétentions les unes con-
tre les autres j ces droits ne font pas de
■lîature h pouvoir jamais être parfaitement
éelak-
44- PROJET DE PAIX
éclaircis; parce qu'il n'y a point pour en
juger, de règle commune Secondante, &
qu'ils font fouvent fondés fur des faits équi-
voques ou incertains. Les différends qu'ils
caufent , ne fauroient non plus être jamais
terminés fans retour , tant faute d'arbitre
compétent, que parce que chaque Prince
revient dans Toccafion fans frrupule , fur
]es ceffions qui lui ont été arrachées par for-
ce dans des traités par les plus puilTans, ou
après des guerres malheureiiTes. C'efl donc
une erreur de ne fonger qu';\ fes prétentions
fur les autres , & d'oublier celles des autres
fur nous, lorfqu'il n'y a d'aucun coté ni
plus de jullice ni plus d'avantage dans ks
moyens de faire valoir ces prétentions ré-
ciproques. Si -tôt que tout dépend de la
fortune, la poiTefllon adlaelle eft d'un prix
que la fagelfe ne permet pas de rifquer con-
tre le profit à venir, même à chance égale,
& tout le monde blâme un homme à fon
aife, qui dans l'efpoir de doubler fon bien ,
l'ofe rifquer en un coup de dez. Mais nous
avons fait voir que dans les projets d'agran-
diiTement, chacun même dans le fyftême
adluel, doit trouver une réiiilance fupérieu-
re à fon effort , d'où il fuit que les plus
puiffans n'ayant aucune raifon de jouer, ni
les plus foibles aucun efpoir de profit , c'eft
un bien pour tous de renoncer à ce qu'ils
deû-
PERPETUELLE. 45
défirent, pour s'afluier ce qu'ils pofTedent.
Confidérons la confommation d'hommes ,
d'argent, de forces de toute efpece5répui-
fement où la plus heureufe guerre jette un
Etat quelconque; & comparons ce préju-
dice aux avantages qu'il en retire, nous
trouverons qu'il perd fouvent quand il croit
gagner, 6c que le vainqueur, toujours plus
foible qu'avant la guerre , n'a de confolation
que de voir le vaincu plus affoibli que lui;
encore cet avantage eft-il moins réel qu'ap-
parent, parce que la fupériorité qu'on peut
avoir acquife fur fon adverfaire , on l'a per-
due en même tems contre les Puififances
neutres, qui fans changer d'état fe fortifient,
par rapport à nous, de tout notre affoiblif-
fement.
Si tous les Rois ne font pas revenus en*
core de la folie des conquêtes, il ferable
au moins que les plus fages commencent à
entrevoir qu'elles coûtent quelquefois plus
qu'elles ne valent. Sans entrer à cet égard
dans mille dillinéiions qui nous meneroient
trop loin, on peut dire en général qu'un
Prince , qui , pour reculer fes frgntieres ,
perd autant de fes anciens Sujets, qu'il en
acquiert de nouveaux, s'affoiblit en s'agran-
dilfant ; parce qu'avec un plus grand efpa-
ce à défendre , il n'a pas plus de défenfeurs;
Or , on ne peut ignorer que par la manière
dont
46 PROJET DE PAIX
dont la guerre fe fait aujourd'hui, la moin^-
dre dépopulation qu'elle produit ell: celle
qui fe fait dans les armées: c'eft bien-là la
perte apparente & fenfible ; mais il s'en fait
en même teras dans tout l'Etat une plus
grave & plus irréparable que celle des hom-
mes qui meurent, par ceux qui ne naiiïent
pas, par l'augmentation des impôts , par
l'interruption du commerce , par la défer-
tion des campagnes, par l'abandon de l'a-
griculture 5 ce mal qu'on n'appcrçoit point
d'abord, fe fait fentir cruellement dans la
fuite : & c'eft alors qu'on eft étonné d'être
û foible, pour s'être rendu fi puiilant.
Ce qui rend encore les conquêtes moins
intéreffantes , c'eft qu'on fçait maintenant
par quels moyens on peut doubler & tripler
fa puiffance, non- feulement fans étendre
fon territoire , mais quelquefois en le ref-
ferrant, comme fit très - fagement l'Empe-
reur Adrien. On fçait que ce font les hom-
mes feuls qui font la force des Rois ; &
c'eft une propoûtion qui découle de ce que
je viens de dire, que de deux Etats qui
nourriifent le même nombre d'habitans, ce-
lui qui occupe une moindre étendue de ter-
re, eft réellement le plus puiilant. C'eft
donc par de bonnes Loix,par une fage po-
lice , par de grandes vues économiques ,
qu'un Souverain judicieux eft fur d'augmen.
. ter
PERPETUELLE, 47
ter Tes forces , fans rien donner au hazard.
Les véritables conquêtes qu'il fait fur fes
voifins, font les établiflemens plus utiles
qu'il forme dans fes Etats ; & tous les Su-
jets de plus qui lui naiffent, font autant
d'ennemis qu'il tue.
Il ne faut point m'objefter ici que je prou*
ve trop , en ce que , li les chofes étoient
comme j€ les repréfente , chacun ayant un
véritable intérêt de ne pas entrer en guerre,
& les intérêts particuliers s'unifTant à l'in-
térêt commun pour maintenir la Paix, cet-
te Faix devroit s'établir d'elle-même, &
durer toujours fans aucune confédération ;
ce feroit faire un fort mauvais raifonnement
dans la préfente conftitution ; car quoiqu'il
fut beaucoup meilleur pour tous d'être tou-
jours en Paix, le défaut commun de fureté
, ^'^ ^g^ftl, fait que chacun ne pouvant
s adurer d'éviter la guerre , tâche au moins
de la commencer à fon avantage quand l'oc-
cafion le favorife, & de prévenir un voifin,
qui ne manqueroit pas de le prévenir à fon
tour, dans l'occalion contraire; de forte
que beaucoup de guerres, même offenfives,
font d'injuftes précautions pour mettre en
fureté fon propre bien , plutôt que des mo-
yens d'ufurper celui des autres. Quelque
falutaires que puiiient être généralement le»
maxim«€ du bien public, il eft certain , qu'à
48 PROJET DE PAIX
ne confîdérer que l'objet qu'on regarde en
Politique, & fouvent même en Morale ,
elles deviennent pernicieufes à celui qui
s'obilineà les pratiquer avec tout le monde,
quand perfonne ne les pratique avec lui.
Je n*ai rien à dire fur l'appareil des ar-
mes^ parce que deflitué de fondemens fo-
lides, foit de crainte, foit d'efpérance, cet
appareil eft un jeu d'enfans, & que les Rois
ne doivent point avoir de poupées. Je ne
dis rien non plus de la gloire des Conque- '
rans, parce que s'il y avoit quelques mon-
flres qui s'afflige alTent uniquement pour
n'avoir perfonne à maffacrer , il ne faudroit
point leur parler raifon , mais leur ôter les
moyens d'exercer leur rage meurtrière. La
garantie de l'article troiOeme ayant prévenu
toutes folides raifons de guerre , on ne fçau-
roit avoir de motif de l'allumer contre au-
trui, qui ne puilTe en fournir autant à au-
trui contre nous-mêmes^ & c'eil gagner
beaucoup , que de s'affranchir d'un rifque
où chacun ell feul contre tous.
Quant à la dépendance où chacun fera du
Tribunal commun , il efl très - clair qu'elle
ne diminuera rien des droits de la fouverai-
neté , mais les affermira au contraire , &
les rendra plus alTurés par l'article troifie-
me, en garantilfant à chacun, non -feule-
ment fes Etats contre toute invafion étran-
gère.
PERPETUELLE. 49
^ere , mais encore fon autorité contre tou-
te rébellion de fes Sujets; ainfi les Princes
n'en feront pas moins abfoUis, &leur Cou-
ronne en fera plus aiïarée : de forte qu'en
fe fbumettant au jugement de la Diète ,
dans leurs démêlés d'égal à égal, & s'ô-
tant le dangereux pouvoir de s'emparer du
bien d'auttui, ils ne font que s'affurer de
leurs véritables droits , & renoncer à ceux
qu'ils n'ont pas. D'ailleurs , il y a bien de
la différence entre dépendre d'autrui , ou
•feulement d'un Corps dont on eft membre,
& dont chacun eft chef h fon tour ; car en
ce dernier cas on ne fait qu'alTurer fa li-
berté , par les garants qu'on lui donne ; el-
le s'aliéneroit dans les mains d'un maître ,
mais elle s'affermit dans celles des Affociés.
Ceci fe confirme par l'exemple du Corps
Germanique; car bien que la fouveraineté
de fes membres foit altérée à bien des égards
par fa conftitution, & qu'ils foient par con-
féquent dans un cas moins favorable que
ne feroient ceux du Corps Européen , il n'y
en a pourtant pas un feul , quelque jaloux
qu'il foit de fon autorité , qui voulût, quand
îl le pourroit, s'affurer une indépendance
abfolUe , en fe détachant de l'Empire.
Remarquez de plus que le Corps Ger-
manique ayant un Chef permanent, l'auto-
lité de ce Chef doit néceffairement tendre
C fans
5-0 'PROJET DE PAIX
fànscelTe h rufiirpatioti ; ce qui ne peut a-r.^
river de même dans la Diète Européenne ,
où la préfidence doit être alternative, ^
jfens égard à rinégaîité de puifTance.
A toutes ces confidérations il s'en joint
une autre bien plus importante encore pour
ÔQS gens auffi avides d'argent que le font
toujours les Princes^ c'eft une grande fa-
cilité de plus d'en avoir beaucoup, partons
les avantages qui réfulteront pour leurs Peu-
ples & pour eux, d'une Paix continuelle,
ô: par l'exceflive dépenfe qu'épargne la ré-
forme de l'état militaire, de ces multitudes
de forterefles, & de cette énorme quantité
4e troupes qui abforbe leurs revenus , ëc
devient chaque jour plus à charge à leurs
peuples & à eux-mêmes. Je fais qu'il ne
convient pas h. tous les Souverains de fup*
primer toutes leurs troupes, & de n'avoir
f.ucune force publique en main pour étoufr
fer une émeute inopinée, ou repoufîer une
invafion fubite (<3). Je fais encore qu'il y
aura un contingent à fournir à la confédé*
ration, tant pour la garde des frontières de
l'Europe , que pour l'entretien de l'armée
confédérative deflinée à foutenir , au befoin,
les décrets de la Diète. Mais toutes ces
dé-
(a) Il fe prcfente encore ici d'autres objtéklons; mais
comme rAHteai du Projet ne fe les cft pai faites, jeiç*
i^ Wj^tées dans l'examçn.
P E K P E T U E L L s.
St
dépenfes faites , 6: l'extraordinaire des Guêt-
res à jamais fuppriraé, il refteroit encore
plus de la moicié de la dépenfe militaire or-
dinaire à répartir entret le Ibulagement des
Sujets 5 & les coffres du Prince ; de forte
que le Peuple payeroit beaucoup moins ^
que le Prince , beaucoup plus riche , feroit
-en état d'e:^cicer le Commerce, l'Agricul-
ture, les Arts, de faire des établiiFemens'
utiles 5 qui augmenteroient encore la ri-
chefie du Peuple & la fieniie; & que^ l'Etat'
Icroit avec cela dans une fureté beaucoup '
plus parfaite que celle qu'il peut tirer de
fes armées , & de tout cet appareil de guer-
re , qui ne cefî'e de l'épuifer au fein de la
Paix.-
On dira peut-être que les Pays frontieres'^
de l'Europe feroient alors dans une pofition
plus défavantageufe , & poudroient avoir
également des guerres à foutenir, ou avec
le Turc, ou avec les Corfaires d'Afrique , .
ou avec les Tartares.
^ A cela je réponds, i. que ces Pays- font
dans le même cas aujourd'hui, & que par
'-onféquent ce ne feroit pas pour eux un
dcfa^vautage pofitif à citer, mais feulement
un avantage de moins , & un inconvénient
inévitable, auquel leur fituation les expo>
fe. 2, Que, déUvrés de toute inquiétude du
côté de l'Europe , ils feroient beaucoup
C & trlus
52 PROJET DE PAIX
plus en état de réfifter audehors. 3- Q""»'
la fuppreffion de toutes les fortereffes de
l'intérieur de l'Europe , & des frais néces-
faires à leur entretien, mettroit la contédé-
ration en état d'en établir un grand nom-
bre fur les frontières , fans Ûtre à charge
aux confédérés. 4. Q^e ces fortereffes con-
Ikuites, entretenues & gardées à frais com-
muns, feroi«nt autant de futetés & de mo-
Yens d'épargne pour les Puiffances -frontiè-
res, dont elles garantiroient les Etats. 5. .
Oue les troupes de la confédération dilln-
buées fur les confins de l'Europe, feroient
toujours prêtes à repoulTer l'aggrelfeur. 6.
Qu'enfin, un Corps auffi redautable que la
République Européenne , ôteroit aux Etran-
gers l'envie d'attaquer aucun de fes metn-
bres; comme le Corps Germanique, infi-
niment moins puiflant, ne l^'l^e Pas de 1 e-
tre affez pour fe faire refpeder de fes vo •
fins, & protéger utilement tous les Princes
^"on pourra toe encore que lesEuropéens
n'ayant plus de guerres entr eus, 1 Ait m,,
litaire tomberoit infenfiblement dans lou-
bi; que les troupes perJroient leur coura-
ge & leur difcipline; qu'il n'y auro.t p us
ri Généraux ni Soldats , & que 1 Europe
refteroit à la merci du premier venu.
Je réponds qu'il arrivera, de deu. chofes
P E R P E T U E L L E. 53
l?une : ou les voifins de l'Europe Pattaque-
ront , & lui feront la guerre, ou ils redou-
teront la confédération, & la laifleront eu
paix.
Dans le premier cas ; voilà les occafions
de cultiver le génie & les talens militaires ,
d'aguerrir & former des troiipesjles armées
• de la confédération feront à cet égard l'éco-
le de l'Europe^ on ira fur la frontière ap.
prendre la guerre, dans le fein de l'Euro-
pe, on jouira de la Paix; & Ton réunira
par ce moyen les avantages de l'une & de
l'autre. Croit-on qu'il foit toujours néces-
faire de fe battre chez foi, pour devenir-
guerrier, & les François font-ils moins bra--'
ves, parce que les Provinces de Touraine
& d'Anjou ne font pas en guerre Fune con-. '
ti?e Pautre?
Dans le fécond cas; on ne pourra plus "^
s'aguerrir, il efl vrai, mais on n'en aura-'
plus befoin, car à quoi bon s'exercer à la
guerre, pour ne la faire à perfonne ? Lequel
vaut mieux, de cultiver un Art funelle, ou
de le rendre inutile? S'il yavoit un fecret -
pour jouir d'une fanté inaltérable , y au- '
roit-il du bon fens à le rejetter,pour ne pas-
ôter aux Médecins Poccafion d'acquérir de-
l'expérience? Il refte à voir dans ce paral-
lèle, lequel des deux Arcs eH plus falutaî-
r^ en foi, ^mérite mieux d'être confervé,
C 3 Qu'on
54 PROJET DE FAIX
Qu'on ne nous menace pas d'une invafion
fubite^ on fait bien que l'Europe n'en a
point à craindre, & que ce premier venu
ne viendra jamais. Ce n'ell plus le tems
de ces éruptions dé Barbares, qui fem-
bloient tomber des nues. Depuis que nous
parcourons d'un œil curieux toute la fur.
face de la terre , il ne peut plus rien venir
jufqu'à nous, qui ne (bit prévu de très-
loin.' Il n'y a nulle Puiffance au, monde,
qui foit maintenant en étatde menacer l'Eu-
rope entière; & fi jamais il en vient une,
ou l'on aura le tems de fe préparer , ou
l'on fera du moins plus en état de lui réfif-
ter, étant unis en un corps, que quand il
faudra terminer tout -d'un -coup de longs
diiférends, & fe réunir à la hâte.
Nous venons de voir que tous les pré-
teqdus inconvéniens de l'état de confédéra-
tion bien pefés, fe réduifent h rien. Nous
demandons maintenant fi quelqu'un dans le
monde en oferoit dire autant de ceux qui
réfultent de la manière aétuelle de vuiderles
différends entre Prince & Prince par le droit
du plus fort, c'efl-à dire, de l'état d'impo-
jice & de guerre, qu'engendre nécelTaire'
ment l'indépendance abfolue & mutuelle de'
tous les Souverains dans la fociété impar-
faite qui règne entre eux dans l'Europe.
Pour qu'on foit mieux en état de pefer ces
ifiv
P É R P E TUE L L E.
SS'
inconvéniens, j'en vais réfumer en peu dô
mots le fommalre que je lailTe examiner au
Ledeur.
I. Nul droit aiTûré que celui du plus fort/
a. Changemens continuels 6c inévitables de
relations entre les Peuples, qui empêchent
aucun d'eux de pouvoir fixer en Ces mains
k force dont il jouit. 3. Point de . fureté
parfaite, aufli long-tems que les Voifins ne^
font pas foumis ou anéantis. 4. Impoffibili-
té générale de les anéantir, attehdu qu'en
fubjuguant les premiers, on en trouve d'au-
tres. 5. Précautions & frais immenfes pour
fe tenir fur fes garder. 6, Défaut de force
& de défenfe dans les minorités & dans les
révoltes; car quand l'Etat fe partage, qui
peut foutenir un des Partis contre l'autre ?
7. Défaut de fureté dans les engagemens
mutuels. 8. Jamais de juftice à efpérer d'au-
trui, fans des fraix & des pertes immenfes, :
qui ne l'obtiennent pa^ toujours^ & dont ■
l'objet difputé ne dédommage que rarement*
9- Rifque inévitable de fes Etats, & quel*
quefois de fa vie, dans la pourfuite de fes
droits. 10. Néceifité de prendre part , mal-
gré foi, aux querelles de fes Voifins, &
d'avoir la guerre quand on la voudroit le
moins.' 11. Interruption du Commerce &
ÛQ^ reffources publiques , au moment qu'el.
les font le plus nécelTaires, 12. Danger con-
C, 4 -, ti'i
^ Projet de p a lx
tinuel de^la part d'un Voifin puifTant , fi Toîi-'
tQ: foible^ & d'une ligue, fi l'on efi: fort.
13. Enfin inutilité de la fagefle où préfide
là fortune , défolation continuelle des Peu-
ples, affoibliiTement de l'Etat dans les fuc-
ces & dans les revers, impoffibilité totale
d'établir jamais un bon Gouvernement, de
compter fur fon propre bien, & de rendre
heureux ni foi ni les autres.
Récapitulons de même les avantages de
l'Arbitrage- Européen pour les Princes con-
fédérés. '
L. Sûreté entière, que leurs différends
préfens & futurs feront toujours terminés
fans aucune guerre ; fureté incomparable-
ment plus utile pour eux que ne feroit,
pour les Particuliers 5 celle 'de n'avoir ja.
mais de procès.
2. Sujets de contefiations , ^tés, ou ré-
duits à très^-peu de chofe par ranéantiffe*
ment de toutes prétentions antérieures ,
qui compenfera les renonciations, & affer-
mira les poffeffions.
3. Sûreté entière 6c perpétuelle, & de la
perfonne du Prince, ^ de fa Famille, & de
fes Etats, ^^ de Tordre de fucceffion fixé
par les loix de chaque pays, tant contre
l'ambition des Prétendans injudes & ambi.
tieux, que colore Jes révoltes des Sujets
£ôbelles.
^ Sûre-
P E R P E T U E L LE. 57
4. Sûreté parfaite de rèxécution de tous^
les engagemens réciproques entre Prince ôc
Prince, par la garantie de la République-
Européenne.
5. Liberté & fureté parfaite & perpétuel-
le à l'égard du Commerce tant d'Etat à Etat,,
que de chaque Etat dans les régions éloi-
gnées.
6. Suppreffibn totale & perpétuelle de
leur dépenfe militaire extraordinaire par ter-
re & par mer en tems de guerre , & confi-
dérable diminution de leur dépenfe ordinai-
re en tems de paix.,
7. Progrès fenfible de l'Agriculture & de
la population , des richeffes de l'Etat & des^
revenus du Prince.
8. Facilité, de tous les établilTemens qui
peuvent augmenter la gloire & l'autorité du ^
Souverain, les reffources publiques & le
bonheur des Peuples.
Je laiffe, comme je l'ai déjà dit ^ au ju^
gementdes Leéleurs, rexamen de tous ces
articles & la comparaifon de l'état de paix
qui réfulte de la confédération, avec l'état
de guerre, qui réfulte de rimpolice. Euro-
péenne.
Si nous avons bien raifonné dans l'expo*
fttion de ce Projet , il efl démontré j premiè-
rement, que rétabliffement de. la Paix .per-
pétuelle dépend uniquement du confente-
y^jT^ j^